mardi 29 septembre 2015

Le parcours culturel contes des CE2 de l'école Beauregard


Le parcours culturel contes est une proposition faite par La Bibliothèque, dans le cadre des Arts du langage, à la demande des trois enseignants de CE2 de l’école élémentaire Beauregard, Véronique Lefrançois, Patricia Fénétaud et Gildas Lescop.

Les objectifs sont définis ainsi :
  • Favoriser l’acquisition par les enfants d’une culture commune grâce à la découverte du répertoire des contes,
  • Leur montrer le conte comme un art de l’oralité, à travers l’exploration de diverses facettes des techniques du conteur (la connaissance du conte étant le plus souvent limitée aux fixations des versions par écrit ou sous forme cinématographique),
  • Permettre l’appropriation du genre via le jeu et l’oralisation, par le biais d’ateliers d’écriture de contes,
  • Mettre en place des rencontres avec une conteuse, qui anime les ateliers et offre une approche du spectacle vivant.
L’intervenante artistique, Martine Quentric, conteuse professionnelle, ethnologue et écrivain, et la bibliothécaire, Nadine Bénizet, également conteuse, ont animé ce parcours, composé de 10 séances pour chaque classe, réparties entre décembre et mai, plus la représentation finale, dans l’école.

Trois rencontres, prises en charge par la bibliothécaire, ont permis aux enfants de faire connaissance avec différentes structures et variantes de contes. La première a eu lieu à la médiathèque Hermeland, alternant le conte oral et la présentation de versions écrites dans la production éditoriale récente.


L’exploration s’est poursuivie par la découverte de quelques types de contes, entre autres : le conte animalier, le conte merveilleux, où un événement magique est indispensable à la narration, le conte en randonnée, où un élément se rajoute à chaque étape du récit, la menterie, où le conteur  et le public, de connivence, rient ensemble d’impossibilités et de paradoxes. 

La bibliothécaire a enfin donné plusieurs versions d’un même conte, venant de divers pays, montrant que les histoires voyagent, se transmettent de bouche à oreille et se modifient selon les cultures. Ainsi, en France, la Bête qu’épouse la Belle est un animal d’une laideur indescriptible, alors qu’au Japon, c’est seulement un petit escargot. La Cendrillon africaine est une co-épouse maltraitée pour qui la « bonne fée » sera un roi-grenouille, et le Barbe-Bleue d’Ecosse est un cheval magique…

Ensuite, l’intervenante, Martine Quentric,  a pris le relais auprès des élèves. Elle a insisté dans un premier temps sur le rôle du conteur, différent de celui du comédien car il s’exprime avec ses propres mots à chaque fois différents, ne mémorisant que la trame d’un récit et quelques formulettes, et n’incarne pas un personnage, sauf passagèrement dans le cours de la narration.

Puis elle a présenté différentes manières de raconter : d’abord « à voix nue » (le conteur est seul en scène et n’utilise aucun objet), puis avec des techniques d’accompagnement : narration d’après les illustrations d’un livre, ponctuation par des instruments de musique, dessin qui évolue et fait partie intégrante du récit, marionnettes…



 

Elle a également présenté la diversité des arts de conter à travers le monde. Si en Europe, le conteur est le plus souvent seul face à un public qui reste dans l’écoute, ailleurs, les auditeurs sont conviés à participer, faute de quoi le narrateur s’arrête, ou bien encore le conte vise au spectacle total, le récitant étant accompagné par des musiciens, des danseurs, un chœur qui ponctue certaines répliques…

En déployant ces variantes d’un même art, Martine ouvre des perspectives d’implications variées aux enfants dans le parcours : chacun peut trouver sa place dans la création et la représentation des histoires selon ses envies et ses capacités.

Alors a pu commencer une phase de création fiévreuse ! Martine a d’une part proposé des axes de travail communs aux trois classes :

- Un ou deux contes connus de tous et aimés. Le choix se fait par débat et vote. Puis les élèves vont expliciter leur intention : par exemple : « pourquoi avons-nous choisi de conter le Petit chaperon Rouge ? Parce que c’est une histoire de mise en garde : qui commet des imprudences doit  tôt ou tard faire face aux conséquences ». Ensuite vient la phase de réappropriation : quels sont les éléments logiques constitutifs de la narration ? Que devons-nous absolument garder ? Que pouvons-nous ignorer ou modifier ? Enfin, c’est le moment de mise en scène et de mise en voix.

A chaque nouvelle rencontre de Martine avec les classes, les histoires déjà préparées seront répétées, afin que le ou les narrateurs gagnent en aisance dans le déroulement du récit et la présence en public. Seules, la structure de l’histoire et quelques formulettes d’appui (« tire la bobinette, et la chevillette cherra ») sont mémorisées : le texte en lui-même n’est pas appris par cœur, laissant toute liberté aux mots des conteurs. 


- Création ludique de formes courtes : une menterie et plusieurs devinettes dans chaque classe. Ces « brèves » permettront pendant la représentation, de solliciter l’attention et la participation du public, comme une pause entre les narrations plus longues.

- Composition d’un conte inédit. Martine présente d’abord des  techniques pour stimuler l’imaginaire : visionnage et choix d’images évocatrices d’un personnage, d’un élément d’histoire ; conte donné du point de vue d’un personnage inhabituel (exemple : Le Petit Chaperon rouge, ou Les Trois petits Cochons, vus du côté du loup) ; mélange de personnages tirés de leurs histoires respectives : leur rencontre et leur interaction produit une trame nouvelle. 

D’autre part, à cette étape, Martine choisit avec chaque classe, en tenant compte de sa dynamique propre, quelle technique sera retenue pour parvenir à un récit abouti. Elle propose aussi aux trois groupes de s’approprier diverses facettes de l’art du conteur (récitant et « chœur », ou ribambelle de personnages ; conte dessiné, narration sur image…), de sorte que la représentation finale apporte son lot de surprises au public.


Jusqu’à la neuvième séance, Martine a travaillé de manière séparée avec les classes : nul ne connaît le programme  des autres, sauf par le bouche-à-oreille, bien sûr! C’est d’autant plus important d’effectuer à ce moment-là, une semaine avant le spectacle, une répétition générale : les élèves racontent, dans la salle polyvalente de l’école, devant l’ensemble des CE2 participant au projet et apprennent ainsi à s’exprimer face à un public moins confidentiel, plus nombreux. Où l’on prend conscience qu’il est essentiel d’affirmer sa présence scénique et de parler fort et clair…

C’est enfin le mercredi matin du 20 mai, jour de la représentation, dans la salle où les enfants ont pris leurs repères lors de la répétition. Les trois CE2 montrent tour à tour leur production, à chaque fois devant différentes autres classes de l’école, petits et grands mêlés.  Au menu, les trois groupes proposent tous des devinettes, et une menterie, dites « en solo », et mettent aussi en avant la spécificité de leur travail narratif et scénique.

Ainsi, les CE2A (Véronique Lefrançois) offrent deux contes dessinés, et deux récits pour narrateur et chœur : Les habits neufs de l’Empereur, d’après Andersen, où le roi se laisse prendre à une énorme farce, et un Hansel et Gretel, d’après la version des frères Grimm, où la conteuse énergique fait claquer bien fort les portes de maison et de four magiques.

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Les CE2B (Patricia Fénétaud), en plus de La Grenouille à grande bouche, contée avec le livre pop-up de Keith Faulkner et Jonathan Lambert, donnent une histoire en randonnée (mise en scène en ribambelle où chaque personnage intervient à son tour), où il faut recourir aux grands moyens pour faire quitter la forêt au petit cochon têtu, et, avec un narrateur accompagné d’un chœur, Barbe-Bleue, d’après Charles Perrault, ainsi que la création « Ourson devient Dragon » où un sorcier tente de défendre ses champignons préférés.


 



 
 
Les CE2C (Gildas Lescop) ont choisi d’inclure la fable Le Corbeau et le Renard, de Jean de La Fontaine, en contrepoint des contes, puis ils ont proposé une narration avec livre, Le Lapin et le Tigre, d’après Bernard Chèze. Enfin ils présentent l’ensemble « Faim de loup » : deux contes avec choeur comprenant le Petit Chaperon Rouge dans la version de Charles Perrault (où personne n’est délivré du ventre du loup), et une remuante fête d’anniversaire où Chaperon, Grand-mère et trois petits cochons rassemblés doivent démasquer un méchant loup à lunettes –pour sauver son frère le loup gentil.
 



L’enthousiasme des enfants pour la découverte, et leurs progrès dans l’expression orale et le mouvement en scène ne se sont jamais démentis. Les enseignants ont donc souhaité inviter les parents d’élèves des trois classes pour leur faire découvrir la qualité du travail accompli, au cours d’une nouvelle représentation le vendredi 29 mai au soir. Ce fut, comme souvent dans les veillées contées, un bon moment de joie partagée.
Lors de ces deux spectacles, la bibliothécaire et l’intervenante ont conté, pour apporter une variété de répertoire, et saluer les prestations des élèves. Pour inciter parents et enfants à prolonger la découverte, elles ont signalé l’existence des soirées ouvertes à tous, organisées par l’association nantaise de conteurs « Paroles de Marmite ». Elles ont eu la joie d’y retrouver lors de la veillée du 30 mai, deux enfants conteurs venus en famille s’essayer courageusement devant un public majoritairement composé d’adultes !


La graine de contes est semée,
Elle est partie pour bien pousser,
Et mon histoire est terminée !

En forme de chute,un petit florilège de mots :

*Menterie : Le renard vit dans un arbre. La poule qui a des dents, le mange. Un escargot va si vite qu’il renverse la poule. Le loup qui passe l’aide à se relever. Ils se marièrent et eurent beaucoup de « pouloups ».

*Devinettes en trois indices :
-C’est collé au mur,
-Ça possède un robinet,
-Ça chauffe.

-Ça se pousse et se tire,
-C’est souvent en bois,
-Ça peut coulisser ou battre.

-Ça n’est ni bleu ni transparent,
-Les escargots en mangent,
-Ça tombe en automne.

…Alors ? Une idée, ou vous donnez votre langue au Chat (Botté, bien sûr)???

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